
Une seule suffit, vous dis-
Femme seule il faudra, pour parfaire le sort,
Que la suprême fleur que vous livre l'année
Ait aussi disparu, se soit toute fanée.
Pour recueillir les fruits et les gerbes du ciel
Qui comblent des désirs qui ne sont plus mortels
Il vous faut rejeter jusqu'aux moindres vestiges
De ce dernier calice automnal sur sa tige.
Votre âme libérée à l'hiver sortira.
Vous ne sentirez plus vous trahir vos beaux bras.
Plus généreuse était sur terre la récolte,
Et plus vous ressentiez de jalouse révolte.
Vous n'étiez pas encore entrée en Chanaan,
Mais vous possédez tout, et l'avril maintenant.
Francis Jammes
Ma France Poétique,
Terre
Illustration : Grau Sala